Habitat Groupé est un terme générique pour désigner le fait que l'on choisisse de grouper des constructions. Il peut par conséquent s'appliquer à un habitat dense ou semi-dense sans que cela ne dise rien de la philosophie ou du programme qui le sous-tendent.
C’est d’abord en Belgique dans les années 70 que l’expression habitat groupé se dégage de son acception “technique” pour inclure les notions de lien et de mise en commun (dans le même temps en France on parle plus volontiers d’Habitats Autogérés). Le site belge de référence sur la question de l’habitat groupé, habitatgroupe.be en donne la définition suivante :
« L’habitat groupé est : un lieu de vie où habitent plusieurs entités (familles ou personnes) et où l’on retrouve des espaces privatifs et des espaces collectifs autogérés. Différentes dimensions le caractérisent
- La dimension spatiale : l'habitat groupé est composé d'espaces privés (habitations ou appartements autonomes) ainsi que d'espaces communs (jardin, salle commune, etc.) définis par l'ensemble du groupe.
- La dimension sociale : cette dimension est complémentaire à la première puisque qu'elle prône l'épanouissement de la vie sociale (au travers des espaces communs) sans altérer l'épanouissement de l'individu (au travers de sa sphère privée).
- La dimension volontariste : la spécificité de l'habitat groupé est qu'il faut avoir la volonté de vivre de manière collective. Ce type d'habitat peut être proposé à un public en difficulté mais celui-ci doit alors faire preuve de volonté afin d'y être intégré.
- La dimension philosophique : l'habitat groupé se construit autour d'un projet commun à tous les membres du groupe. (…)
- La dimension d'autogestion : les habitants d'un tel habitat sont les gestionnaires de leur lieu et de leur mode de vie (organisation interne, rencontres, tâches, etc.), ce qui varie en fonction du public de l'habitat groupé.
- La dimension de temporalité : l'habitat groupé peut répondre à différentes attentes en terme de temporalité (long, moyen, court terme). Il se structure dans le temps avec la possibilité d'évoluer quant à son organisation interne, ses règles, ses projets, ses habitants, etc. »
Cette définition recoupe celle donnée au cohabitat, sur un modèle apparu au Danemark dans les années 60-70 et qui s’est répandu en Europe du Nord et en Amérique du Nord. La définition du cohabitat est cependant plus spécifique notamment en ce qui concerne les espaces mutualisés (la présence d’une “maison commune” organisée autour d’une cuisine et d’un espace de repas communs est une caractéristique à part entière du cohabitat).
L’habitat groupé est donc, au départ, “un lieu de vie où habitent plusieurs entités (familles ou personnes) et où l’on retrouve des espaces privatifs et des espaces collectifs autogérés”.
Vient s’ajouter aujourd’hui à cette définition la dimension “habitat durable” qu’intégrent aujourd’hui systématiquement les projets, sous différents angles
- environnemental : réduction de l’empreinte écologique à tous les sens du terme (intégration au paysage et prise en compte des conditions climatiques dans la conception et le choix des matériaux, recyclage de matériaux et/ou choix de matériaux écologiques et locaux, utilisation des ressources renouvelables...)
- social : mixité, quelle soit générationnelle, socio-économique, culturelle, réflexion sur le logement social intermédiaire et la production de logement social de façon plus générale.
- économique : intégration d’activités dans une perspective de développement local, contribution au développement de circuits de consommation courts mais aussi lutte contre la spéculation immobilière et réflexion sur la notion de propriété (nue propriété vs. propriété d’usage...)
- politique : processus participatifs et démocratiques, réflexion sur les modes de gouvernance
Et là il devient beaucoup plus difficile de donner une définition unique ou générique de l’habitat groupé, les projets intégrant de façon variable ces différentes dimensions. On peut de façon schématique distinguer aujourd’hui six grandes familles d’habitat groupé :
- Habitat groupé en autopromotion
Le groupe de futurs habitants joue ici le rôle traditionnellement dévolu au promoteur immobilier et fait donc le choix de se passer de cet intermédiaire. Le groupe est le maître d’ouvrage collectif de son habitat. C’est à dire qu’il est le commanditaire du projet, dont il définit le cahier des charges (charte, objectifs, ...) et pilote la mise en oeuvre (choix des prestataires, supervision des travaux...) avec ou sans l’assistance de professionnels, avec ou sans délégation. - Habitat groupé en promotion classique
L’initiative du projet est ici celle d’un promoteur privé ou public, qui constitue autour des grandes lignes du projet un groupe d’habitants. Le groupe ainsi constitué est associé aux phases de conception de son futur habitat (dans les limites définies et acceptées par le promoteur du projet). Dans le principe, le groupe est également associé à la gestion de son habitat.
A l’intérieur de ces deux familles, on peut distinguer deux sous-familles :
- Habitat groupé social (c’est à dire relevant du secteur du logement social)
En autopromotion, il est le plus fréquemment coopératif, dans l’esprit et dans les statuts juridiques qu’il choisit ou ambitionne de se donner (il n’existe pas aujourd’hui en France de statut spécifique pour l’habitat groupé coopératif en autopromotion) et passe par un partenariat avec un organisme HLM. En promotion classique, il est évidemment le fait d’un opérateur de logement social (public ou privé). - Habitat groupé privé
Il relève de l’initiative et du secteur privé. Il peut très bien s’inscrire dans un esprit coopératif et aménager dans ce sens des statuts ne relevant pas au sens strict des formes coopératives. De façon générale (et sans surprise), c’est un cadre beaucoup moins contraignant que l’habitat groupé social, qui peut donc se prêter à toute forme d’expérimentations, y compris les plus radicales (cette affirmation n’ayant aucun caractère péjoratif).
Il faut enfin bien sûr distinguer deux “dernières” (sans notion de hiérarchie) familles que l’on peut retrouver dans chacune de celles qui précédent (c’est pourquoi elle sont abordées ... en dernier) : l'habitat groupé coopératif et l’éco-habitat groupé.
- Habitat coopératif
Dans une définition stricte l'Habitat Coopératif suppose la propriété collective (ou non-attribuée) de l'habitat et se pose comme un rempart à la spéculation immobilière, permettant ainsi de maintenir dans le temps l'accès du plus grand nombre à un habitat de qualité. Fondé sur l'application des principes de la coopération à l'habitat, il se caractérise également par le rôle central que jouent les habitants dans la conception et la gestion de leur habitat. Il est à noter que si cette forme d'habitat est très répandue en Europe ou au Canada (comme une forme de logement social), elle n'a pas d'existence légale pour l'heure en France hors organismes HLM. Par ailleurs de nombreux projets se réclament de l'esprit coopératif sans forcément adopter un statut juridique de coopérative. - Eco-habitat groupé
Cette famille d’habitat groupé met l’accent sur la dimension environnementale et place au premier rang de ces priorités réduction de l’empreinte écologique, efficience énergétique et chasse aux polluants, ce à tous les stades du projet (conception, choix des matériaux, techniques de construction...). Elle est également fréquemment (en particulier pour les projets en territoire rural) associée à une réflexion économique sur le développement local et les circuits courts (sans que cela soit l’exclusivité de cette famille).
Si chacune de ces familles est porteuse d’une philosophie propre et se trouve confrontée à des problématiques spécifiques, toutes ont en commun le socle de définition de l’habitat groupé.
Il est intéressant lorsqu’on parle d’habitat groupé de préciser de quel habitat groupé on parle au juste, ne serait-ce que pour éviter les quiproquos (longues discussions forcément vaines puisque s’engageant sur des bases non partagées), sans perdre de vue la communauté d’objectif : l’instauration d’un rapport nouveau à l’habitat et à sa production.






