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| Pioneer Valley (Etats-Unis) |
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Amherst, Massachussets
Pioneer Valley est emblématique de ce qu'est le cohabitat aux Etats-Unis. C'est l'un des tous premiers cohousings à voir le jour dans les années 90 sur la côte Est et il illustre parfaitement le concept
: habitat dense composé de logements individuels conçus pour favoriser les échanges, disposés autour de voies de circulation piétonnière (parking à l'entrée, en périphérie du groupe de maisons), espaces communs comprenant une cuisine et une salle polyvalente pour les repas communs (plusieurs par semaine à Pioneer Valley), espaces verts (ce n'est pas ce qui manque dans ce morceau de campagne Nouvelle-Angleterre) et jardin, espaces de jeux, chambres d'hôtes... copropriété autogérée...
Et puis les habitants semblent, au-delà de l'opération de séduction et de communication, vivre pleinement leur voisinage choisi. Les relations sont chaleureuses au sein du groupe d'habitants et l'on passe facilement d'une maison à l'autre pour un oui ou pour un non. Si je ne devenais retenir qu'un exemple, parmi ceux que j'ai visité, pour illustrer ce qu'est le cohabitat aux Etats-Unis, ce serait Pioneer Valley.
Enfin, c'est une assez bonne illustration sociologique de la population des cohabitats aux Etats-Unis : majoritairement blanche, issue de la classe moyenne (plutôt aisée en général), comprenant une forte proportion de personnes exerçant des professions libérales, ainsi que des professionnels de "l'immobilier"(architectes, promoteurs, entrepreneurs du BTP, consultants en accompagnement...).
Ce dernier point est très intéressant. Qu'ils aient choisi l'habitat groupé parce qu'ils exercaient des professions qui les conduisaient à s'interroger sur l'habitat et ses formes ou qu'ils aient choisi après avoir pris part au projet d'en faire un métier, la présence de professionnels au sein d'un groupe semble être une constante, induite par la nature même de la démarche d'autopromotion. A force de travailler sur les différentes questions que posent un projet, on finit par acquérir une compétence (quand elle ne pré-existe pas) qui peut être utile à d'autres... On peut faire le choix de partager cette expérience "bénévolement" ou si l'intérêt et la motivation sont suffisantes (je préfère voir les choses sous cet angle que sous celui de la recherche de profit et je ne pense pas me tromper s'agissant des personnes que j'ai rencontrées) de se "professionnaliser".
De retour en France, il est frappant de voir à quel point cette question est omniprésente alors même, qu'en dehors des réalisations datant des années 70-80, il n'existe aujourd'hui que très peu de projets qui seraient allés au bout de la démarche. Il est vrai qu'un projet d'habitat groupé est d'une complexité telle qu'il nécessite un accompagnement. Se pose alors la question du recours aux professionnels et de son rapport avec les logiques de participation et d'autogestion. Faut-il ou non déléguer à des professionnels les questions techniques? Est-il, comme le revendiquent certains, préférable de refuser la professionnalisation pour favoriser l'auto-formation et l'intelligence collective du groupe?
Affaire de temps et de moyens, certainement. Pour faire appel à un accompagnement professionnel, il faut disposer des moyens pour le rémunérer, se pose alors la question du financement par le groupe (et donc des moyens qu'il est en mesure de mobiliser). Cet accompagnement peut accélérer le processus et faciliter sa concrétisation et sur des questions aussi sensibles et impliquantes que la structure juridique ou le montage financier, il est presque incontournable...
A titre personnel, je suis partagée entre l'envie (et le besoin) de me saisir complètement de ce projet et de ne laisser le soin à personne de trouver des solutions à notre place et la conscience que pour avancer et trancher il nous faudra beaucoup de temps pour assimiler et comprendre toutes les options qui s'offriront à nous et que parfois nos intelligences n'y suffiront peut-être pas (je pense en particulier aux aspects juridiques qui font l'effet d'un vaste champ en friche).
Les discussions avec Mary, architecte aujourd'hui spécialisée dans l'accompagnement de projets de cohabitat, et John, devenu consultant et accompagnateur d'autopromoteurs, se sont avérées très éclairantes sur la conception des lieux (le choix d'implantation sur le site, la disposition des bâtiments, leur aménagement et en particulier la modulation des espaces et leur répartition selon la logique de séparation public / privé ...) et sur les méthodes de "vente" du projet aux financeurs. Au point de me dire que si ce qui prévaut dans un projet est qu'il aboutisse le plus rapidement possible (il faudrait bien sûr définir ce que l'on met derrière le plus rapidement possible) alors le recours à des professionnels est un passage obligé. Dans le cas contraire... et s'il n'y a pas "d'urgence"? La question reste ouverte.




